Bonjour,
Nous vous remercions d’avoir mis sur votre site notre dernière création « INTERVALLE PERSONA » d’après l’oeuvre de Fernando Pessoa.
La résidence s’est achevée le 29 novembre, et 5 représentations ont eu lieu à Cherbourg dans la salle Vox de la scène nationale le Trident.
Nous aimerions emmener notre spectacle au Portugal, en sur-titrage,
et
ne connaissant pas spécialement les lieux qui seraient susceptibles de
nous accueillir,
Peut-être sauriez-vous nous aiguiller, nous guider dans nos recherches ?
Dans tous les cas, je vous souhaite de toute l’équipe Elan Bleu une très bonne année 2008.
Frédérique Braconnier
C.LʼE.B.[A.R.T.S] Compagnie LʼElan Bleu
61 rue de Lʼabbaye 50100 CHERBOURG OCTEVILLE
Tél/Fax : 02.33.04.48.14

Son désarroi est grand qu’il exprime par des mots forts [« Mon coeur est un seau vide »]. Cet homme est un adulte et nous imaginons qu’enfant il avait déjà tissé des projets d’avenir qui ne sont maintenant plus que des souvenirs inconsistants [« Je porte en moi tous les rêves du monde »] Il a vu dans la vie une extraordinaire occasion de faire bouger les choses, de faire changer ce vieux monde, d’y laisser sa marque, mais ses rêves se sont révélés être des chimères. [« Combien d’aspirations hautes, nobles et lucides... ne verrons jamais la lumière du vrai soleil »] . En cela il est le reflet de la condition humaine. C’est un simple humain assujetti à la fuite du temps, à la vieillesse, à la mort, au destin « qui mène la carriole de tout sur la route de rien ». Pour lui cette prise de conscience génère un malaise [« Foulant aux pieds la conscience de se sentir exister, comme un tapis où trébuche un ivrogne »], un doute [« Non, je ne crois pas en moi » - « Que sais-je de ce que je serai, moi qui ne sais qui je suis »] et rien d’autre ne pourra l’en guérir, ni les religions [Dieu ?] ni même l’écriture et surtout pas la métaphysique qui « n’est que le résultat d’une indisposition ».
C’est un être tourmenté, facette hétéronyme de Pessoa, à la fois conscient de son inexistence et porteur d’ambitions qu’il n’atteindra jamais, un paradoxe apparent. Il le sait et le déplore, le regrette aussi parce qu’on ne peut se satisfaire d’une telle image de soi-même, coincé entre réalité et rêve. C’est aussi un idéaliste qui fait prévaloir l’écriture et attend vainement le succès, la notoriété peut-être [« Je serai toujours celui qui attendait qu’on lui ouvrît la porte, au pied d’un mur sans porte qui chantait la chanson de l’Infini dans un poulailler »]. Il me semble qu’il entretient avec son écriture une relation à la fois salvatrice et malsaine en ce sens qu’il vit par elle et pour elle, mais la légitime notoriété qu’il en attendait n’a jamais été au rendez-vous où peut-être ressent-il une impossibilité de s’exprimer complètement ? Dès lors, il en parle comme d’un « portail en ruines sur l’impossible » et allume une cigarette au lieu de prendre la plume, comme si, en cet instant, sa fumée, bleue et légère, valait mieux que tout !
Il s’interroge sur l’inutilité de ce qu’il a écrit mais pense sérieusement à recommencer, fait allusion aux femmes qui consolent du mal de vivre pour revenir au spectacle de la rue, véritable toile de fond dynamique de cette évocation, au patron du tabac d’en face, à un client, à une cigarette qu’il allume, à la fille de la blanchisseuse qu’il pourrait épouser et ainsi être heureux. Ce client c’est « Estève-n’a-pas-de-métaphysique », et à qui tout son univers est étranger, il le connaît, le salue, c’est comme si la vie reprenait le dessus avec son quotidien, comme si la seule vue de cet homme suffisait à lui rendre l’envie de vivre.
C’est le texte d’un désespéré que le spectacle simple du réel, la rue, la boutique du buraliste d’en face, le patron avec son cou endolori, le client qui est simplement venu acheter du tabac, fait reprendre temporairement goût à la vie. A tout le moins a-t-il décidé lui-même de lui donner dernière chance, même s’il avoue que ce monde lui et étranger, qu’il n’a rien à y faire. « L’univers s’est refermé sur moi sans idéal et sans espoir et le patron du Tabac a souri. »
© Hervé GAUTIER - juillet 2007.
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