Bonjour,
Nous vous remercions d’avoir mis sur votre site notre dernière création « INTERVALLE PERSONA » d’après l’oeuvre de Fernando Pessoa.
La résidence s’est achevée le 29 novembre, et 5 représentations ont eu lieu à Cherbourg dans la salle Vox de la scène nationale le Trident.
Nous aimerions emmener notre spectacle au Portugal, en sur-titrage,
et
ne connaissant pas spécialement les lieux qui seraient susceptibles de
nous accueillir,
Peut-être sauriez-vous nous aiguiller, nous guider dans nos recherches ?
Dans tous les cas, je vous souhaite de toute l’équipe Elan Bleu une très bonne année 2008.
Frédérique Braconnier
C.LʼE.B.[A.R.T.S] Compagnie LʼElan Bleu
61 rue de Lʼabbaye 50100 CHERBOURG OCTEVILLE
Tél/Fax : 02.33.04.48.14
Quiconque a lu son dernier livre « Le temps des mangues vertes » sait aujourd’hui qu’Ariane est d’origine flamande ; les circonstances de sa vie l’ont orienté vers le français qu’elle a donc appris plus tard. Le français n’est pas sa langue maternelle au sens strict, c’est à dire la langue enseignée par la mère, par celle qui donne la vie aux enfants, le sang, le sein et la tendresse. Ainsi, Ariane est née deux fois, cependant la seconde fois elle s’est mise au monde toute seule.
En plus de l’apprentissage du français qui deviendra sa langue d’écrivaine, elle est entrée dans le foissonnement de la faune et de la flore africaines qui s’est imposée à elle, avec sa structure verbale propre, ses sonorités vespérales et nocturnes, ses sombres résonances dont elle continua à vibrer longtemps après avoir quitté la jungle et les savanes. Á travers cette expérience, à mi-chemin entre la préhistoire et l’histoire, Ariane découvre la génèse du langage où les mots sont d’abord des sons inarticulés - sifflements, grognements, imitations sonores- avant de s’organiser sur les créatures et les choses qui s’offrent aux regards, à l’emprise, au toucher, à l’odorat et enfin à la désignation et la signification. Où peut-on mieux découvrir la naissance des mots que dans ce contexte archaïque où les sons viennent des femmes qui donnent naissance à la vie ? En Afrique, le langage baigne dans un océan de couleurs, une végétation tropicale exubérante qui le transforme, chez les artistes, en une dynamique dont Ariane, à son tour, s’est appropriée avec un talent incontestable. Nous sommes loin de « Mots sans propriétaire »...
Retenons que, selon l’auteure, le langage primitif appartient d’abord à la femme qui le passe à ses enfants. Car les mots et le sang se confondent. Tandis que l’homme, ce chasseur chargé de nourrir les membres de sa tribu, n’en assure que le relais. Plus tard, cependant, vers la fin de ce poème aux allures éminemment baroques, les mots finissent par appartenir à un ensemble partagé dont l’homme fait partie.
Mais que se passe-t-il lorsque la femme renonce à jouer son rôle de metteuse au monde, d’entremetteuse de mots, elle qui détient le trésor du langage ? Par le fait de renoncer à mettre au monde, perdrait-elle le pouvoir de divulguer la parole ? D’ailleurs, est-il vrai qu’elle possède ce trésor ? Ne doit-elle pas constamment le conquérir ? Je ne répondrai pas à ces questions dont la terrible réponse et l’affreuse souffrance constituent peut-être la partie la plus forte de ce récit-poème bouleversant.
Bien entendu, le poète qui comme tout un chacun hérite d’un langage est vite confronté au combat amour-haine qu’il porte en lui quand il veut l’utiliser et le dompter. Mettre un texte au monde, est-ce l’engendrer simplement ou le créer de toutes pièces avec beaucoup d’efforts ? La poétesse a beau affirmer :
ils sont à elle, les mots pendant que la marée rythme le cercle des ondes, ils la bousculent, elle les serre contre elle mais il ne suffit pas de les dorloter il est bon de les attacher par instant telle cette lionne dont les morsures arrachent l’espace, ou cet esclave qui dérobe la soie des discours, ou encore ce dément propageant des cris solaires.
Cette conquête n’est jamais terminée, les mots ne se laissent pas faire et créent des surprises inattendues. La force contradictoire du poème d’Ariane François-Demeester est précisément d’affirmer cette vérité en démontrant le contraire tellement la maîtrise du verbe, dans ce texte, est grande et sa beauté voluptueuse incandescente.
jean botquin