« Avec laide et lassistance
de Dieu, écrivit Pic de la Mirandole, lAlchimie met
en lumière toutes les énergies cachées de par le vaste monde.
Comme le vigneron greffe le cep sur lorme et sur lespalier,
le mage, lAlchimiste, sait unir et pour ainsi dire marier
terre et ciel, énergies inférieures et énergies supérieures ».
Cette coïncidence des contraires, qui
dépasse également lopposition philosophique du réalisme
et du nominalisme, il est facile de comprendre en quoi elle
séduisit Fernando Pessoa. La hiérogamie cosmique, le dépassement
du dualisme en des noces miroitantes, impériales, apparente
ici la nostalgie de la conquête et le pressentiment des retrouvailles,
la poésie et lEmpire.
Par le Grand-uvre Solaire, le
regret de lAge dOr devient lannonce du Retour,
ladepte se substituant au Temps, et disposant du pouvoir
de transfigurer la Nature.
« Leau céleste et indestructible,
écrit Bernard Gorceix, le feu intangible de lempyrée,
se trouvent finalement unis, par le ciel cristallin, par la
sphère des astres, par la flore, la faune, par les pierres
et les mines, à leau corporelle, lentement distillée
et volatilisée, pour lédification de ces cieux nouveaux
et de cette terre nouvelle dont rêve lAlchimiste. »
Il ne sagit donc pas, pour nous,
de repérer dans les poèmes de Pessoa des images alchimiques
mais bien de montrer que le principe de luvre,
en ses ramifications hétéronymes, sidentifie
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L'Alchimiste sait unir et pour ainsi dire marier
terre et ciel.
Pic de la Mirandole
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à la genèse et à laccomplissement
dun secret dor impérial, « identique à
lor de la nature, non seulement comme effet mais aussi
comme cause. ».
« De même,
écrit Pessoa, que lintelligence dialectique, que lon
nomme raison, régente et ordonne
tous les éléments de la connaissance scientifique, de même,
lintelligence analogique, qui na aucun nom particulier,
régente et ordonne tous les éléments de la connaissance
ésotérique. La perfection de luvre matérielle
est un tout parfaitement constitué, dans lequel chaque partie
a sa place et concourt selon son mode et son grade à la
formation de ce tout ; la perfection de luvre
spirituelle est lexacte correspondance entre lintérieur
et lextérieur, entre lâme et le corps. »
Le Grand-uvre
consiste alors à trouver, dans le temps, par la science
analogique des astres et de la lumière, langle prophétique
souvrant sur lau-delà du Temps, qui est le cur
du Temps, tel linstant, île de cristal se tenant immobile
dans la déroute universelle, sous la voûte ordonnatrice
du Graal-miroir.
Ainsi, par fidélité
au dieu dorique de la lumière, lalchimiste défie le
règne de Kronos, afin de vaincre la durée profane et lhistoire
elle-même, par le Sens semblable à une lance de feu qui
linterrompt et la transcende pour la très-grande gloire
de lEsprit, dont il est dit dans lApocalypse
dHermès (traité anonyme du xvie siècle) : « Il
vole vers le ciel par le monde intermédiaire. Nuage qui
monte vers laurore, il introduit dans leau son
feu qui brûle, dans le ciel il a sa terre clarifiée. »
Luc-Olivier
d'Algange
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