Pessoa by Pessoa
A terra é sem vida,e nada
Vive mais que o coraçaõ
E envolve-te a terra fria
E a minha saudade naõ !
Fernando PESSOA
"La terre est sans vie, et rien
D’autre ne vit que le cœur
La terre froide t’enveloppe
Mais pas ma nostalgie !"
Et oui, quand on a le même nom de famille qu’un des plus grands poètes du monde connu, il faut faire des dessins à la hauteur.Je fais donc ces dessins au crayon au format A2, pour illustrer mes micro-poèmes préférés de Fernando Pessoa. Avec le but ultime et utopique d’en dessiner assez pour faire, pourquoi pas, un petit recueil....
Le mystère des choses, où donc est-il ?
Où donc est-il, qu’il n’apparaisse point
pour nous montrer à tout le moins qu’il est le mystère ?
Qu’en sait le fleuve et qu’en sait l’arbre ?
Et moi, qui ne suis pas plus qu’eux, qu’en sais-je ?
Toutes les fois que je regarde les choses et que je pense à ce que les hommes pensent d’elles,
je ris comme un ruisseau bruit avec fraîcheur sur une pierre.
Car l’unique signification oculte des choses,
c’est qu’elles n’aient aucune signification occulte.
Il est plus étrange que toutes les étrangetés
et que les songes de tous les poètes
et que les pensées de tous les philosophes,
que les choses soient réellement ce qu’elles paraissent être
et qu’il n’y ait rien à y comprendre.
Oui, voici ce que mes sens ont appris tout seuls :
les choses n’ont pas de signification,
elles ont une existence.
Les choses sont l’unique sens occulte des choses.
Fernando Pessoa "Le gardeur de troupeaux"
Fernando Pessoa
L’art nous délivre de façon illusoire, de cette chose sordide qu’est le fait d’exister...
En art, il n’y a pas de désillusion, car l’illusion s’est vue admise dés le début.
Le plaisir que l’art nous offre ne nous appartient pas, à proprement parler :
nous n’avons donc à le payer ni par des souffrances, ni par des remords...
Par le mot art, il faut entendre tout ce qui est cause de plaisir sans pour autant nous appartenir : la trace d’un passage, le sourire offert à quelqu’un d’autre, le soleil couchant, le poème, l’univers objectif.
Posséder c’est perdre.
Sentir sans posséder, c’est conserver, parce que c’est extraire de chaque chose son essence.
Fernando Pessoa
Photo : Musée de l’Orangerie - Les Nymphéas
Source © Carmen Lobo - All right reserved
Fernando Pessoa - Il y a du sublime...
Il y a du sublime à gaspiller une vie qui pourrait être utile,
à ne jamais réaliser une oeuvre qui serait forcément belle,
à abandonner à mi-chemin la route assurée du succès.
Pourquoi l’art est-il beau ?
Parce qu’il est inutile.
Pourquoi la vie est-elle si laide ?
Parce qu’elle est un tissu de buts, de desseins et d’intentions.
Tous ses chemins sont tracés pour aller d’un point à un autre.
Je donnerais beaucoup pour un chemin conduisant d’un lieu
d’où personne ne vient, vers un lieu où personne ne va.
La beauté des ruines ?
Celle de ne plus servir à rien.
***
Fernando Pessoa (1888-1935) - Le Livre de l’intranquillité

Feindre est le propre du poète.
Il feint si complètement
Qu’il en arrive à feindre qu’est douleur
La douleur qu’il ressent vraiment.
Et ceux qui lisent ses écrits
Ressentent sous la douleur lue
Non pas les deux qu’il a connues,
Mais bien la seule qu’ils n’ont pas.
Ainsi, sur ses rails circulaires
Tourne, accaparant la raison,
Ce petit train a ressorts
Qui s’appelle le cœur.

Illusion de la pensée : Fernando Pessoa "La réalité n’a pas besoin de moi", aimait à dire Pessoa, préfigurant peut-être ceux qui pensent aujourd’hui que l’anthropocentrisme a vécu, et que l’homme se trompe non seulement en imaginant être le centre du monde, mais aussi en pensant que le monde est tel qu’il l’imagine, ce qui est une forme supérieure de l’anthropocentrisme.
D’ailleurs dans le "Traité de la négation" n’écrivait-il pas : "Toute la création est fiction et illusion. La matière est une illusion pour la pensée ; la pensée est une illusion pour l’intuition ; l’intuition est une illusion pour l’idée pure ; l’idée pure est une illusion pour l’être. Dieu est le mensonge suprême"...
Voici un extrait de l’un de ses premiers livres, publié en 1914, "Le Gardeur de troupeau", où il exprime déja cette révérence pour la non-pensée :
Horizons lointains : Lisbonne
ARTE diffuse, dans la nuit du lundi 03 au mardi 04 mai 2010 à 00 heure 10, un volet de la série documentaire "Horizons lointains".
Tel un Lonely planet littéraire, cette collection explore un pays à travers ses auteurs. Ce soir, rendez-vous dans la capitale portugaise, à l’ombre tutélaire de Fernando Pessoa.
À chaque fois, c’est un voyage particulier où les librairies tiennent lieu d’office de tourisme et les écrivains de guides inspirés. Cette collection imaginée par Patrick et Olivier Poivre d’Arvor nous invite à visiter un pays par le prisme de ses auteurs et de leurs écrits. Le périple à Lisbonne commence par une rencontre avec le cinéaste centenaire Manuel de Oliveira, dont l’oeuvre développe un lien très fort avec la littérature. Le Portugal accorde toujours une place prépondérante à la figure du poète Fernando Pessoa, qui a légitimé cette littérature sur la scène mondiale. Son oeuvre fait chaque année l’objet de rééditions, d’éditions enrichies et d’études critiques qui font la couverture des magazines et des suppléments littéraires. Que Pessoa, mais aussi Camões, soient les figures emblématiques des lettres nationales, témoigne d’un goût prononcé pour la poésie qui conserve une influence non négligeable dans la production contemporaine.
Secrets et magie
Quant à la prose, l’influence des auteurs de renom (José Saramago, António Lobo Antunes, Lídia Jorge) qui ont construit leur oeuvre avec la "rupture d’avril", c’est-à-dire la révolution des oeillets, est sensible : occupant une place majeure dans la production littéraire, ils deviennent aussi prescripteurs de son renouvellement. Avec d’autres auteurs lisboètes, ils nous aident à comprendre le destin et la réalité sensible de leur pays : Gonçalo M. Tavares, jeune plume prometteuse, Filipa Melo, Dulce Maria Cardoso, Jacinto Lucas Pires... Et nous révèlent au passage les recoins secrets de ce qui est peut-être la plus magique des capitales européennes.
Fernando Pessoa (1888-1935) est un écrivain à propos duquel les commentaires les plus courants (et qui portent alors sur les noms d’emprunt qui furent les siens, à l’instar du philosophe danois Soren Kierkegaard, sur les “hétéronymes” donc) masquent ou déforment parfois le génie.
“L’instant” se propose d’ouvrir aujourd’hui une autre approche, de cheminer un moment au voisinage de Pessoa, sur une autre route. Parfois contraire aux analyses souvent réitérées.
Laissons donc Pessoa venir simplement jusqu’à nous : écoutons-le en quelques-uns de ses poèmes.
“Lorsque l’été passe sur mon visage
la main légère et chaude de sa brise,
je n’ai qu’à éprouver du plaisir de ce qu’elle soit la brise
ou à éprouver du déplaisir de ce qu’elle soit chaude
et, de quelque manière que je l’éprouve,
c’est ainsi, puisqu’ainsi je l’éprouve, qu’il est de mon devoir de l’éprouver.”
(Le gardeur de troupeaux XXII)
Si on le dit de façon “théorique”, Pessoa définit ce qu’il est, ce que nous sommes, disons la subjectivité, comme “épreuve”.
Je suis parce que j’éprouve.
“J’éprouve, donc je suis.” A l’opposé de la pensée. A l’opposé du “cartésianisme”. A l’opposé de la pensée comme science “galiléenne”.
Fernando Pessoa (1888-1935) est un écrivain à propos duquel les commentaires les plus courants (et qui portent alors sur les noms d’emprunt qui furent les siens, à l’instar du philosophe danois Soren Kierkegaard, sur les “hétéronymes” donc) masquent ou déforment parfois le génie.
“L’instant” se propose d’ouvrir aujourd’hui une autre approche, de cheminer un moment au voisinage de Pessoa, sur une autre route. Parfois contraire aux analyses souvent réitérées.
Laissons donc Pessoa venir simplement jusqu’à nous : écoutons-le en quelques-uns de ses poèmes.
“Lorsque l’été passe sur mon visage
la main légère et chaude de sa brise,
je n’ai qu’à éprouver du plaisir de ce qu’elle soit la brise
ou à éprouver du déplaisir de ce qu’elle soit chaude
et, de quelque manière que je l’éprouve,
c’est ainsi, puisqu’ainsi je l’éprouve, qu’il est de mon devoir de l’éprouver.”
(Le gardeur de troupeaux XXII)
Si on le dit de façon “théorique”, Pessoa définit ce qu’il est, ce que nous sommes, disons la subjectivité, comme “épreuve”.
Je suis parce que j’éprouve.
“J’éprouve, donc je suis.” A l’opposé de la pensée. A l’opposé du “cartésianisme”. A l’opposé de la pensée comme science “galiléenne”.
Fernando Pessoa - Tu parles de civilisation (Falas de civilização)
Tu parles de civilisation, tu dis qu’elle ne devrait pas être, ou qu’elle devrait être différente. Tu dis que tous les hommes souffrent, ou la majorité, avec les choses humaines disposées de cette manière. Tu dis que si elles étaient différentes, ils souffriraient moins. Tu dis que si elles étaient selon tes voeux, cela vaudrait mieux. J’écoute et je ne t’entends pas. Pourquoi donc voudrais-je t’entendre ? Si je t’entendais je n’en serais pas plus avancé. Si les choses étaient différentes, elles seraient différentes, voilà tout. Si les choses étaient selon ton coeur, elles seraient selon ton coeur. Malheur à toi et à tous ceux qui passent leur existence à vouloir inventer la machine à faire du bonheur !
***
Fernando Pessoa (1888-1935) (Alberto Caeiro) - Poèmes désassemblés (Poemas Inconjuntos) - Traduction d’Armand Guibert
par schabrieres le mars 19, 2010, Source
Le Gardeur de Troupeaux et le Guetteur Mélancolique... ...
... j’entends passer le vent,
et je trouve que rien que pour entendre passer le vent, il vaut la peine d’être né.
Le Gardeur de troupeaux et autres poèmes
Fernando Pessõa
Être poète n’est pas une ambition que j’aie,
c’est ma manière à moi d’être seul.
Le Gardeur de troupeaux et autres poèmes
Fernando Pessõa
Je me sens né à chaque instant - à l’éternelle nouveauté du Monde...
...
Le Monde ne s’est pas fait pour que nous pensions à lui
(penser c’est avoir mal aux yeux)
mais pour que nous le regardions avec un sentiment d’accord...
Le Gardeur de troupeaux et autres poèmes
Fernando Pessõa

A la tombée de la nuit nous jouons aux osselets
Sur le seuil de la porte d’entrée.
Graves comme il sied à un dieu et à un poète,
Et comme si chaque osselet
Etait tout un univers
Et que pour cela ce soit un grand danger pour lui
Que de le laisser tomber par terre.
(Fernando Pessoa)
Fernando António Nogueira Pessoa
* Alberto Caeiro
* Álvaro de Campos
* Ricardo Reis
Poète portugais (Lisbonne 1888 - id. 1935).
Si sa figure domine de très haut la poésie portugaise moderne, il passa toute sa vie sous le masque, ne publiant sous son nom qu’un mince recueil (Mensagem, 1934) et se dissimulant sous 43 pseudonymes, dont les principaux (ses « hétéronymes ») sont Alberto Caeiro, Álvaro de Campos et Ricardo Reis, qui personnalisent différentes formes de sentir et auxquels il attribua une biographie, un portrait physique et un style différents, chacun correspondant à un cycle d’attitudes quasiment expérimentales. Ayant vécu en Afrique du Sud (son père mourut en 1893 et il partit pour Durban en 1896 avec sa mère remariée ; il ne reviendra à Lisbonne, après un bref séjour en 1901-1902, qu’en 1905), il fréquenta l’université du Cap ; il y acquit une parfaite connaissance de la langue anglaise. La lecture des philosophes allemands, surtout Schopenhauer et Nietzsche, et des symbolistes français laissera aussi des traces dans son œuvre. Il n’a pas 16 ans lorsqu’il compose Marino, œuvre dramatique en anglais, d’inspiration shakespearienne.

Suis ta destinée,
Arrose les plantes,
Aime les roses.
Le reste est l’ombre
D’arbres étrangers.
La réalité
Est toujours plus ou moins
Que ce que nous voulons.
Nous seuls sommes toujours
Égaux à nous-mêmes.
Vivre seul est doux,
Vivre simplement,
Toujours, est noble et grand,
Sur les autels, en ex-voto
Pour les dieux, laisse la douleur.
Regarde la vie de loin.
Ne l’interroge jamais.
Elle ne peut rien
Te dire. La réponse
Est au-delà des dieux.
Mais sereinement
Imite l’Olympe
Au fond de ton coeur.
Les dieux sont dieux
Parce qu’ils ne se pensent pas.
Fernando Pessoa (1888-1935) (Ricardo Reis) - 1-7-1916
par schabrieres le décembre 23, 2009.

Vis ta vie. Ne sois pas vécu par elle.
Dans la vérité et dans l’erreur, dans le plaisir et dans l’ennui, sois ton être véritable. Tu n’y parviendras qu’en rêvan, parce que ta vie réelle, ta vie humaine, c’est celle qui, loin de t’appartenir, appartient aux autres. Tu remplaceras donc ta vie par le rêve, et tu ne te soucieras que de rêver à la perfection. Dans aucun des actes de la vie-réelle, depuis l’acte de naître jusqu’à celui de mourir, tu n’agis vraiment : tu es agi ; tu ne vis pas ; tu es seulement vécu.
Deviens aux yeux des autres un sphinx absurde.
Enferme-toi mais sans claquer la porte, dans ta tour d’ivoire. Et cette tour d’ivoire, c’est toi-même.
Fernando Pessoa
"Vis ta vie" de Charles Antoni
Colloque organisé par le CRIMIC de l’Université Paris-Sorbonne, les 29 et 30 octobre 2009, en collaboration avec le CRILUS ( Nanterre), la Chaire Lindley Cintra et les lecteurs de Portugais à Paris (Institut Camões).
"La première impulsion moderniste est donnée en 1915 par la parution à Lisbonne de la revue Orpheu, grâce à Fernando Pessoa et Mário de Sá-Carneiro."
Fernando Pessoa
« Reconnaître la vérité comme vérité, et en même temps comme erreur ; vivre les contraires, sans les accepter ; tout sentir de toutes les manières, et n’être à la fin rien d’autre que l’intelligence de tout - quand l’homme s’élève à un tel sommet, il est libre comme sur tous les sommets, seul comme sur tous les sommets, uni au ciel, auquel il n’est jamais uni, comme sur tous les sommets. »
Fernando_Pessoa
Le Berger
Je n’ai jamais gardé de troupeaux, Mais c’est vraiment tout comme. Mon âme ressemble à un berger, Elle connaît le vent et le soleil Et marche la main dans la main avec les Saisons, Poursuivant son chemin et regardant. Toute la Paix de la Nature sans les hommes Vient s’asseoir auprès de moi. Mais je suis triste comme l’est un coucher de soleil Pour notre imagination, Lorsqu’au fond de la plaine le temps fraîchit Et que l’on sent la nuit entrer Comme un papillon par la fenêtre.
Fernando PESSOA
un des plus grands poètes du siècle dernier
Fernando Pessoa
Après-demain, oui, après-demain seulement...
Je passerai la journée de demain à penser à après-demain,
et ainsi ce sera possible ; mais pas aujourd’hui...
Non, aujourd’hui pas moyen ;
impossible aujourd’hui.
La persistance confuse de ma subjectivité objective,v
le sommeil de ma vie réelle, intercalé,
la lassitude anticipée et infinie,
un monde de lassitude pour prendre un tram...
cette espèce d’âme...
Après-demain seulement...
Aujourd’hui je veux me préparer,
je veux me préparer à penser demain au lendemain...
C’est lui qui est décisif.
J’ai déjà mon plan tracé ;
mais non, aujourd’hui je ne trace pas de plans...v
Demain est le jour des plans.
Demain je m’assieds à mon bureau pour conquérir le
monde ;v
mais, le monde, je ne vais le conquérir qu’après-demain...v
J’ai envie de pleurer,
j’ai envie de pleurer tout d’un coup, intérieurement...
Ne cherchez pas à en savoir davantage, c’est secret, je me
tais.v
Après-demain seulement...
Lorsque j’étais enfant le cirque du dimanche m’amusait
toute la semaine.
Aujourd’hui seul m’amuse le cirque dominical de toute la
semaine de mon enfance...
Après-demain je serai autre.
Ma vie sera triomphale,v
toutes mes qualités de créature intelligente, cultivée,
pratique, seront convoquées par voie d’arrêté
-
mais par un arrêté de demain...
Aujourd’hui je veux dormir, je le rédigerai demain.
Pour aujourd’hui, quel est le spectacle qui répéterait mon
enfance ?v
Même si c’était pour me faire acheter les billets demain,
car c’est après-demain que le spectacle est bon...
et pas avant...
Après-demain j’aurai l’attitude que j’étudierai demain.v
Après-demain je serai finalement ce qu’aujourd’hui je ne
saurais être d’aucune façon.
Après-demain seulement...
J’ai sommeil ainsi qu’a froid un chien errant.
J’ai sommeil infiniment.v
Demain je te dirai les paroles, ou après-demain.
Oui, peut-être après-demain seulement...
L’avenir...
Oui, l’avenir...
***
Fernando Pessoa (1888-1935) - Poésies d’Alvaro de Campos
par Schabrieres le septembre 26, 2009.
Fernando Pessoa - Autopsychographie (1931)
Le poète est un simulateur,
Il simule si totalement qu’il arrive
À simuler comme une douleur
La douleur qu’il ressent vraiment.
Ceux qui lisent ce qu’il écrit
Sentent sous la douleur qu’ils ont lue,
Non pas les deux que lui a ressenties
Mais celle qu’eux ne ressentent pas.
Ainsi sur les rails tourne
En rond, pour occuper la raison,
Ce petit train mécanique
Qu’on appelle le coeur.
Fernando Pessoa (1888-1935)
***
Source
Fernando PESSOA et le banquier anarchiste.
Bonjour à tous,
Me voilà enfin en vacances de mon activité principale qui a connu d’importants rebondissements ces derniers temps et a programmé mon retour à Menton pour la rentrée de septembre. Cela doit être un signe du destin et celui, avant coureur, de la publication d’un prochain roman car c’est dans cette ville du bout, dans la lumière du Bassin Mentonnais, que j’ai commencé mon activité clandestine d’écriture. A l’aéroport de Nice où j’exerce encore pour deux mois, j’ai cependant pu lire lors de pauses déjeuner sous un olivier domestiqué dans un grand bac de bois placé en extérieur, au premier étage du terminal 1. J’y ai découvert, entre autres, Fernando PESSOA et son "banquier anarchiste", plus quelques fragments de vie. Sans le devenir vraiment (banquier... Anarchiste non plus), il est intéressant de lire la résignation de ce cadre qui explique comment il a pu contribuer à libérer une seule personne : c’est à dire lui-même, par la culture et la connaissance. Peut-être pouvons-nous être des "banquiers anarchistes", chacun à notre niveau et se libérant par la connaissance, aider qui veut bien à se libérer aussi. Mais je viens une nouvelle fois de faire l’expérience qu’on ne change pas les Hommes même en leur donnant attention, confiance, courage et don de soi. Un autre homme m’a éclairé en me faisant remarquer ce qui précède et en me faisant découvrir une fable de notre indémodable Lafontaire : "La grenouille et le scorpion". Je vous invite à sa lecture. Mais revenons à Fernando PESSOA dont la veine de l’existence, comme celle de KAFKA notamment, le style de littérature et la vision du monde se rapprochent d’une geste qui me sied très bien. Je vous souhaite un bon été et vous dis à la rentrée où j’espère vous annoncer la clôture de mon deuxième roman, clandestin et nomade, en même temps que le lancement du manuscrit, comme une bouteille à la mer, auprès des éditeurs. On ne devient que celui qu’on est. A bientôt, Patrick ESTEVE Le Blog du nomadisme
“Le gardeur de troupeaux” de Fernando Pessoa
Fernando Pessoa est un poète portugais de Lisbonne du début du XXème siècle qui a eu une vie plutôt anodine, non reconnu en son temps pour sa poésie. Cette discrétion vient peut-être du fait qu’il a écrit beaucoup de poèmes sous des noms très différents. Dans « Le gardeur de troupeaux », deux « auteurs » différents sont à l’œuvre : Alberto Caeiro et Alvaro de Campos.
Ce qui est extraordinaire pour moi, c’est que ces deux poètes qui n’en sont qu’un seul ont un style d’écriture totalement différent et avec une vision du monde très personnelle. Je me sens beaucoup plus proche de A. Caeiro que de A. de Campos mais à chacun de faire son choix.
Pour vous donner envie d’aller voir par vous-même, voici un de mes poèmes préférés :
Holà, Gardeur de troupeaux,
Sur le bas-côté de la route,
Que te dit le vent qui passe ?
Qu’il est le vent, et qu’il passe,
Et qu’il est déjà passé
Et qu’il passera encore,
Et toi que te dit-il ?
Il me dit bien davantage.
De mainte autre chose il me parle,
De souvenirs et de regrets,
Et de choses qui jamais ne furent.
Tu n’as jamais ouï passer le vent.
Ce que tu lui as entendu dire était mensonge,
Et le mensonge se trouve en toi.
Coup de coeur de Sylvaine
Vous trouverez ce livre à la bibliothèque de Véretz, section documentaires adultes,
à la cote 841 PES Bibliothèque de Véretz
Pessoa en personne, seul sur scène
Quel paradoxe de quitter un théâtre le coeur léger après avoir assisté à un spectacle d’une grande violence ! Non que l’on se réjouisse d’en avoir terminé, au contraire. Alors ? Le bonheur de sentir reconnaissant. Il n’y a pas d’autre explication que cette gratitude manifestée par un léger sourire en remerciement de ces deux heures d’intelligence et de sensibilité. C’était hier soir au Théâtre Vidy à Lausanne, sur les rives du Léman, pour la création de Ode maritime de Fernando Pessoa adapté par Claude Régy. L’alliance entre le grand poète portugais et l’un des metteurs en scène les plus puissants qui soient en Europe, nous fait déjà envisager le plus surprenant, sinon le meilleur. Leur alchimie dépend du comédien : c’est Jean-Quentin Châtelain. Le résultat est un vrai choc. Exigeant en ce qu’il exige beaucoup du spectateur. Au fond, il se contente de le tirer vers le haut sans pour autant se payer sa tête, mais c’est devenu si rare que c’est remarquable.
Source
"Je considère la vie comme une auberge où je dois séjourner, jusqu’à l’arrivée de la diligence de l’abîme. Je ne sais où elle me conduira, car je ne sais rien. Je pourrais considérer cette auberge comme une prison, du fait que je suis contraint d’attendre entre ses murs ; je pourrais la considérer comme un lieu de bonne compagnie, car j’y rencontre des gens divers. Je ne suis cependant ni impatient ni de goûts vulgaires. Je laisse à ce qu’ils sont ceux qui s’enferment dans leur chambre, amorphes, étendus sur un lit où ils attendent sans pouvoir dormir ; je laisse à ce qu’ils font ceux qui bavardent dans les salons d’où les voix et les musiques me parviennent et me frappent agréablement. Je m’assieds à la porte et j’enivre mes yeux et mes oreilles des couleurs et des sons du paysage, et je chante à mi-voix, pour moi seul, de vagues chants que je compose tout en attendant.
La nuit descendra et la diligence arrivera pour nous tous. Je goûte la brise que l’on me donne, et l’âme qu’on m’a donnée pour la goûter, et je n’interroge ni ne cherche davantage. Si ce que je laisse écrit sur le livre des voyageurs peut, relu quelque jour par d’autres que moi, les distraire eux aussi durant leur séjour, ce sera bien. S’ils ne le lisent pas, ou n’y trouvent aucun plaisir, ce sera bien également."
"Le livre de l’intranquillité", autobiographie sans événements, publié chez Christian Bourgois.
Traduction : Françoise Laye